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Edito Rosa "Le pouvoir de cercle" - Avril 2023

Bonjour à vous,

À l’origine de mon idée de création de la librairie était l’envie de créer des espaces de discussions. Vous ne le savez peut-être pas encore, mais en 2018, en plein burn-out professionnel, j’ai créé un club de femmes à la maison qu’on nommait "Les Accolades". Aujourd’hui on dirait plutôt le cercle de paroles. On se réunissait une fois par mois, on parlait à la première personne, on écoutait les autres et on adorait ces rendez-vous. Ce que j’ai constaté à l’époque, c’est à quel point cet espace, ce moment, cette organisation simple pourraient être source de transformation et de changement. Quand on y pense, on ne faisait rien de particulier, juste parler et écouter, mais on en ressortait toujours avec un sentiment d’être plus fortes, plus riches, plus culottées. C’était magique.

Lors de ma reconversion, l’idée de créer ces espaces à plus large échelle et ouverts au grand public m’a rapidement traversé l’esprit mais il fallait un projet rentable financièrement pour ma survie d’humaine citadine, avec un crédit immobilier et des enfants à charge. Je me suis orientée finalement vers le métier de libraire et quand j’ai ouvert la Librairie à soi·e, j’ai su dès le début qu’il y aurait des cercles de parole mis en place dans ce lieu.

Aujourd’hui, la librairie a plusieurs cercles réguliers (en mixité, en non mixité, cercle de lecture, cercle sur la sexualité féminine, cercle sur les masculinités) et ils ne désemplissent pas. Cela confirme le besoin et la demande forte pour ces espaces safe, qu’on a parfois du mal à trouver.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Hier soir, j’ai vu le film de Jeanne Herry Je verrai toujours vos visages et j’ai été bouleversée comme jamais. Ce film parle de la justice réparatrice ou restaurative, à savoir un dispositif de la mise en place des rencontres encadrées entres auteurs de violences et des victimes, qui ne sont pas forcément liés par le même dossier. Les féministes telles qu’Angela Davis et Gwenola Ricordeau en parlent depuis des années (toujours les premières, toujours personne ne les écoute). J’ai pleuré plusieurs fois tout au long de la séance, pleuré de rage, d’empathie, de colère et surtout beaucoup d’espoir. Car je dois vous avouer j’arrive à un point de ma vie, où toute forme de violence m’insupporte, qu’elle soit justifiée ou pas. Après avoir vu ce film, je suis encore plus persuadée que les cercles peuvent être une réponse à cette violence. Le cercle, c’est aussi la source du système politique circulaire, plus coopératif, démocratique et juste et non pyramidale, à l’image de notre système capitaliste patriarcal colonial. Car ce qui se joue dans ces cercles nous renvoient vers ce qui nous constitue intrinsèquement en tant qu’humain·es et qu’on a parfois tendance à oublier, à savoir l’altérité.

Je crois énormément au pouvoir du cercle. Je pense sincèrement que les rencontres entre les personnes qui nous gouvernent et les populations oppressées, pauvres, discriminées, victimes de la violence du système peuvent rendre ce monde meilleur. Une fois par semaine, pendant 3 heures, pendant 3 mois, assis·e en cercle, à éprouver ce que c’est, l’AUTRE. Comme écrit Lauren Bastide à la fin de son excellent essai Futur·es, on s’assoit par terre et on ne bouge plus jusqu’à ce qu’ils aient compris.

Ce film m’a fait beaucoup, beaucoup de bien et je vous recommande fortement d’aller le voir.

Rosa 💜

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